BIG STAR : le bonheur désespéré

BIG STAR : le bonheur désespéré 

Big Star
Big Star

 Radio City : Big Star

Cet album touche au sublime: un heureux voyage au pays du bonheur. Ce disque de Big Star: Radio City - 1973 - s’écoute en boucle, encore et encore, jusqu’à l’érosion terminale du sillon, la désagrégation du vinyle. La compulsion à ne pouvoir s’en passer naît dès les premières secondes de la première écoute. Je me souviens très bien de ce moment. Chez un disquaire bien connu de la capitale (le disquaire des stars? Pris en photos avec Vanessa Paradis ou Mr Darmon, auteur d’une biographie sur Barbara…), fournisseur, entre autres, de Mr Manœuvre (croisé sur place), le 33 tours exposé au mur dans un étui transparent. 150€ le morceau, édition originale. A ce prix, j’hésite et demande des précisions sur le contenu. Mon vendeur, manquant d’éléments factuels en réponse, décide d’une écoute qualifiante. O my soul jaillit des baffles. O my soul! Bien avant le pont, nous entrevoyons des anges. Nous ne pouvons qu’admirer ces savantes grilles d’accords qui forment la chanson. Après négociation, j’emporte l’œuvre pour 100€ (les 2/3 du prix initial: mais quel est donc le VRAI prix des vinyles?).

Radio City : O my Soul


Si Radio City parfume les thymies avec des pépites telles September gurl ou Back of a car, qu’en est-il du reste de la discographie du groupe?
 #1 Record - 1972, 1er album du groupe, oscille entre balades saphiques et pop ouvragée, une sorte de peinture à la gouache, un pastel. L’écoute génère des images champêtres, enregistrements faussement campagnards, sorte de Music from big pink anglais - The Band – 1968. Enregistré par un quartette mais fruit d’une hydre à deux têtes, il est franchement moins power que Radio City, second Lp façonné en trio, ceci expliquant peut-être cela. Le 3ème et dernier essai du combo, quant à lui: The third album, acétate de 1975, premier pressage en 1978, semble traîner son désespoir d’une face à l’autre. C’est à peine si un rayon de lumière froide éclaire pâlement certains titres. Essentiellement le reflet de l’âme torturée d’Alex Chilton, guitariste/chanteur du groupe, il brille pourtant d’une lumière sidérante, dentelle givrée scintillant d’éclats moirés sous l’œil bienveillant d’un soleil blanc. Kangaroo en est l’illustration parfaite. Malgré ses indéniables qualités et ce patronyme prémonitoire, la formation n’atteindra pas le statut de star, si ce n’est dans le cœur de ses indéfectibles fans.

Radio City : September Gurls


Je découvre ces joyaux par la lecture d’une chronique de Phil Man dans sa Discothèque rock idéale, le pouvoir des mots imprimés générant des envies d’écoute. Je lui touche un mot sur l’amour que je porte à Radio City lors d’une convention du disque à Champerret. Manoeuvre, cet homme de média, certes modéré, me répond d’un anorexique: «Le 1er album du groupe a ses partisans». Par chance, je me suis déjà fait mon propre avis sur le sujet.
Trait commun aux trois enregistrements: un son extraordinaire, notamment celui de la batterie. La galopade d’un Tom à l’autre qui tourne dans la pièce au sortir stéréophonique des enceintes sur Back of a car est à lui seul une raison suffisante pour acquérir Radio City

Big Star : Back of a car


Bien entendu, au format vinyle. Le son cristallin des guitares n’est pas en reste, ac-crunchant l’auditeur par de multiples broderies. A ce propos, comment le guitariste fait-il chanter de concert voix et doigts? Être capable d’une telle dissociation relève de la schizophrénie. Cette aura mystérieuse sied à merveille à l’alchimie qui règle les chansons. Le second album, mon préféré, se clos par une fêlure, une interrogation: Tout cela a-t-il un sens ?. La question contient la réponse: Rien ne m’est plus. Cette petite balade désespérée, une minute cinquante de voix/piano, introduit le chemin qu’empruntera le groupe en phase terminale.
« I’m in love with a girl
Finest girl in the world
I didn’t know I could feel this way.
Think about her all the time
Always on my mind
I didn’t know about love.
All that a man should do is true
I didn’t know this could happen to me ».

Le rêve aura duré trois ans, entre 1972 et 1975. Trois petit tours et Pfuit, disparu. On peut s’interroger sur cet insuccès: manque de quelque chose ou trop d’une autre? Découvrir un tel groupe sur le tardne peut qu’enjoindre à penser: Est-il raisonnable de saturer continuellement ses plaisirs au risque de se lasser un jour et de banaliser la source de ces puissantes giclées hormonales? Gardons le secret espoir qu’une perle rare attend notre main dans quelques bacs poussiéreux au fond d’un magasin.

Big Star : Kangaroo


A propos du dernier né: Third album, il est également nommé Sister lover. Un excellent label lâche une réédition vinyle en 2007 et je profite de cette occasion pour en faire l’emplette… la cire crachote! Le disque tout neuf petzouille! Dans le doute, j’en rachète un exemplaire: idem! Foutus soi-disant professionnels incapables de graver un vinyle correctement! Par chance, il existe de l’objet un pressage français de 1978 ou un canadien de 1985. Sur ces deux enregistrements, pochette différente (une autre encore au format CD), l’ordre dans lequel s’enchaînent les morceaux diffère ainsi que certains titres. Qu’à cela ne tienne, nous posséderons les deux! Chose faite, le collectionneur adopte la position dite du Lotus. Parce que, pour le contenu, l’impression de désespoir passée, c’est du cachemire à nouveau qui caresse son âme. 

Thierry Dauge 

Discographie


  • #1 Record, 1972
  • Radio City, 1973
  • Third/Sister Lovers, 1978
  • Columbia, enregistré en concert à la Missouri University en 1993 à l'occasion d'une reformation In Space, 2005

Big Star -  Trois albums dans les années 70, c'est le groupe de Chris Bell, Alex Chilton, Jody Stephens et Andy Hummel. Le deuxième album Radio City touche au sublime: un heureux voyage au pays du bonheur.

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