Trust : aux armes citoyens

Trust : Aux armes citoyens

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Fin 1972, le mercredi succède au jeudi comme jour des enfants, jour de la semaine où il n’y a pas d’école. Le mercredi 26 mars 1980, j’ai 17 ans et je regarde la télévision avec mes parents. Et à 20h30, en ces temps reculés, Guy Lux prend l’antenne. Ce soir-là, le chantre de la variété française, le prince des jeux télévisés promeut une grenade dégoupillée. Une séquence du Palmarès 80 est en effet consacrée à la présentation de groupes français considérés comme des espoirs. 
Et l’Elite retentit. 
Désespoir? Qui sont ces types qui osent en français le commun des anglais? La voix fustige sur une baston d’instruments électriques. Toutes personnes ayant vécu cette expérience, et s’essayant au maniement d’une six cordes, tentent aussitôt de reproduire la mitraille du Krief

Trust : L'élite


Trust : L'Elite

Je connaissais quelqu’un (RIP) qui côtoyait Bernard Bonvoisin du temps où tous deux résidaient à Nanterre. Ils habitaient un ensemble de bâtiments floraux baptisés «les Marguerites» ou «les Pâquerettes». Plus tard, cet homme de droite, chaudronnier à son compte, brandirait fièrement le premier disque de Trust en s’en réclamant. Ainsi, lorsqu’on en a bavé dans les mêmes quartiers, le sentiment d’appartenance dépasse les clivages politiques.

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Trust

Préfabriqués cingle le capitalisme, Police-milice fronde l’aveugle répression, Palace tacle sévèrement des déboires de concert, bosser huit heures: «T’as bien raison de bosser huit heures, ton salaire c’est le salaire de la sueur. T’as bien raison de bosser huit heures, ton salaire c’est le salaire de la peur !», dénonce les syndicats en tant qu’organismes servant l’aliénation ouvrières. En amuse-bouche de la face B, L’Elite foudroie le totalitarisme petit-père-du-peuple. Sur tous ces titres, la rapière staccato-pizzicate, cordes bloquées puis libérées à la fréquence d’un Tommy-gun. La Cry-baby et l’Overdrive boxent le Marshall, aidée en cela par une rythmique basse-batterie made in bulldozer
La révolte gronde? L’auditeur opine, trop content de laisser libre cours à son adolescence. Personnellement, seul un copain de lycée m’accompagne sur le chemin de l’adoption inconditionnelle. Nous vivons notre trustitude en binôme et cela nous va à merveille. Les deux 33 tours qui suivent cèlent notre enthousiasme pour le groupe. Je parviens même à jouer deux ou trois fois l’intro et les premiers couplets d’Antisocial avec Black Night, le groupe de musette’n’roll où j’officie. C’est dire le niveau de mon engouement, capable de projeter sur les autres un besoin aux antipodes du leur.

Trust : Antisocial


Un groupe français crache le feu et tartine du hard rock sur les écrans TV. Le message délivré recommande le libre arbitre. Sont-ils beaucoup de la scène rock française à prôner cette formule au début des 80’s? D’un autre côté, il y a Téléphone. Évidemment, dans l’hexagone, on ne peut se réclamer de deux groupes à la fois. Il faut choisir son camp. A la question: Trust ou Téléphone?, ce jour, je réponds: «Les deux!», hier, je clamais haut et fort: TRUST!!!

Un peu plus tard, au milieu de cette décennie perdue, toute une scène tente de rivaliser avec les anglo-saxons. Parmi mes préférés siège Sortilège, combo au chanteur surpuissant, qui sculpte dans le métal des chansons originales. En 1979, un premier groupe crie haut et fort qu’il n’aime pas les choses préfabriquées. En cela, «Trust» de Trust, c’est du béton armé. Par la suite, qu’advint-il du bull-turbo-dozer ? Un 3ème et un quatrième album de toute beauté, les formidables Marche ou crève - 1981- et IV - 1983, un Rock’n’roll -1984 - apaisé puis... les dissensions, la lassitude des tournées dans un pays pas si grand que ça, l’échec à l’export mènent souvent à la dispersion du propos, à la remise de prix sur le tarif, à l’éjaculation précoce de titres mal ficelés...

Trust : Comme un damné


En concert: je rate les premières tournées du groupe dont le fameux concert au Pavillon de Paris. Le temps passant, si mon engouement s’amoindrit, il reste toujours en moi un fond de musique de ces gars-là. Et puis, à la fin des années 90, mon poteau de lycée m’avertit que le groupe passe au Zénith. L’attente ayant assez durée, nous nous rendons à la grande messe le 21 février 1997. Qu’en est-il ce soir-là du groupe qui mâche du TNT dans ses chansons? Un pétard à mèche. Et de petit calibre en plus! La folie et la détermination nécessaires à l’allumage des fusées sont bien loin semble-t-il. Nous passons tout juste un bon petit moment pépère: «Même pas mal aux oreilles!». Souvent, la réalité ne peut assurer face au mythe. Par contre, bien loin d’être mité, le Lp fondateur continue à tourner Comme un damné.
Concert Trust
Concert Trust

Trust revient ces jours-ci et il se dit que le duo Bonvoisin / Krief  rugit à nouveau, qu’il revisite gaillardement son répertoire. Vous voyez, vous nous dites?

Thierry Dauge

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